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L’inflation et les taux d’intérêt remontent, mais pas pour longtemps

Adrian Schönauer

Adrian Schönauer

Asset Management

À moyen et long terme, il est peu probable que l'inflation dépasse de manière pérenne l'objectif de "2% et plus" de la FED.

L’inflation et les taux d’intérêt remontent…

Les anticipations d’inflation aux États-Unis, sur un horizon de cinq ans, ont atteint un niveau record depuis la crise financière de 2008, alors que l’inflation effective est encore en dessous de ses niveaux d’avant Covid-19. Dans la foulée, les rendements du Trésor à 10 ans sont passés de 0,9% à la fin de l’année dernière à 1,7% à la fin du premier trimestre de cette année.

Cette poussée de l’inflation, et avec elle la remontée des taux d’intérêt, va se poursuivre dans le courant de l’année en raison des liquidités excessives injectées dans les marchés pour contrer les effets de la crise sanitaire qui restent toujours en attente d’être dépensées. Ajoutez à ceci les employés qui ont été entièrement payés pendant la crise, mais qui n’ont pas pu dépenser leur budget voyage et sorties, ainsi que les nombreux Américains qui ont reçu des chèques «Helicopter Money» de l’ancien et du nouveau gouvernement. Toutes ces liquidités auront un fort impact sur la demande.

Du côté de l’offre, on observe une pénurie dans les matières premières, à commencer par les produits agricoles, en passant par les métaux industriels, jusqu’au… pétrole (qui l’aurait cru quand l’or noir traitait en dessous de $20 le baril, il y a une année à peine). Les prix du blé, du maïs, du soja, du cuivre et du lithium ont flambé ces derniers mois, atteignant souvent des niveaux plus vus depuis plusieurs années. Qui plus est, les spécialistes s’attendant aussi à une pénurie dans les semiconducteurs. Ces derniers sont devenus une matière première pour toute sorte de secteurs dans la révolution digitale que nous vivons actuellement, représentant par exemple cinq pourcents des coûts de production d’une automobile.

… mais pas pour longtemps

Toutefois, à moyen et long terme, il est peu probable que l’inflation dépasse de manière pérenne l’objectif de “2% et plus” de la FED. Les matières premières mentionnées ci-dessus ne sont pas rares. Le problème vient de la période plus ou moins longue qui est nécessaire pour augmenter la production, de quelques mois pour les produits alimentaires à quelques années pour certains métaux industriels. Des prix élevés mènent toujours à une augmentation de la production et, in fine, à un tassement des prix.

En théorie, il peut seulement y avoir d’inflation si les salaires prennent l’ascenseur, ce qui est peu probable. Comme la révolution industrielle en son temps, celle dite digitale pèse sur l’emploi parce que les robots remplacent les humains et l’intelligence artificielle les cerveaux. Cela ne pèse pas seulement sur les salaires, mais également sur les coûts de production. Il ne restera à l’humain que son bon sens comme avantage compétitif sur la technologie, même si certains évènements des derniers mois peuvent semer un doute (GameStop, WallStreetBets, Greensill, Archegos).

Les obligations ne sont toujours pas attractives

En attendant que cette flambée de l’inflation montre des signes de faiblesse, la prudence est de mise sur les marchés obligataires. Les rendements à 10 ans du Trésor américain vont probablement dépasser les 2% dans le courant de l’année. En Europe, la remontée des taux se fait toujours attendre et pour obtenir un rendement positif sur une obligation d’état à 10 ans, il faut s’aventurer sur des risques pays peu recommandables, tels que l’Italie ou la Grèce.

Cela étant dit, une certaine exposition obligataire est indispensable, si ce n’est que pour diversifier les risques. Cependant, dans le contexte actuel, il serait judicieux de rester à l’écart de toute obligation d’état ainsi que des échéances longues. Un mélange d’échéances à très court terme et d’obligations indexées sur l’inflation, avec un zeste de «High Yield» pour générer un peu de rendement, pourrait être la solution.

Dès que les taux américains dépassent les 2% (niveau psychologiquement important qui pourrait déclencher un petit vent de panique dans les classes d’actifs à risque), il pourrait être temps de commencer à prendre des risques, aussi sur les obligations à maturités longues. Si la remontée de l’inflation ne s’avère que passagère – et aussi longtemps que les banques centrales arrosent les marchés avec de la liquidité dès qu’un «Black Swan» pointe son bec – il faudra se contenter de taux d’intérêt bien plus modestes que par le passé. Les Japonais en savent quelque chose, après trois décennies de taux ultra-bas, malgré quelques poussées inflationnistes passagères.

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