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Vers des taux US à 5%?

David Duran

David Duran

Fixed Income Advisor

Les banquiers centraux demeurent sous pression face à une inflation persistante.

Article original publié sur agefi.com

L’actualité financière est toujours marquée par des risques inflationnistes prépondérants et des risques de récession sans cesse alimentés par le durcissement des politiques monétaires. La publication des prix à la consommation aux Etats-Unis constituait l’indicateur phare de la semaine écoulée. Si ce rapport révèle une inflation qui reflue de 8,3% en août à 8,2% en septembre, l’indice sous-jacent qui exclut les composants plus volatils, à savoir l’énergie et l’alimentation, présente pour sa part une accélération de 6,3% à 6,6%, soit son niveau le plus élevé en quarante ans !

Au-delà de l’ampleur historique de l’inflation annuelle, sa dynamique de court terme demeure inquiétante avec des hausses mensuelles en septembre atteignant 0,4% pour l’indice des prix à la consommation et 0,6% pour le sous-indice hors énergie et alimentation.

Appréhension des ménages

A ce rythme, l’inflation annuelle s’établirait toujours à 5% ou plus d’ici à l’automne 2023, une perspective inacceptable vis-à-vis de l’objectif de maintien de la stabilité des prix poursuivi par la Réserve fédérale américaine. Outre le renchérissement observé au quotidien, les banquiers centraux cherchent également à ancrer des anticipations d’inflation stables et raisonnables pour que les ménages et les entreprises puissent prévoir leurs budgets de dépenses et d’investissements avec un minimum d’incertitude quant à l’évolution des prix. Malheureusement, d’après l’enquête de l’Université du Michigan sur la confiance des consommateurs du mois d’octobre publiée vendredi passé, les ménages s’attendent à une inflation de 5,1% pour les douze prochains mois, une estimation en hausse par rapport au niveau de 4,7% relevé en septembre. Face à ces développements, les gouverneurs de la Fed vont certainement opter pour une nouvelle hausse de taux de 75 points de base le 2 novembre, à l’instar des trois dernières réunions du FOMC. Les contrats futurs sur les taux des Fed Funds intègrent désormais des attentes d’une poursuite du cycle de durcissement monétaire jusqu’à la réunion du 22 mars 2023 et qui conduirait le taux directeur aux environs de 5%.

Mot d’ordre consensuel

Lutter contre l’inflation est devenu un mot d’ordre consensuel. Le Fonds monétaire international (FMI), qui vient de publier des perspectives économiques tablant sur un ralentissement de la croissance mondiale de 3,2% en 2022 à 2,7% en 2023, exhorte les banques centrales du monde entier à maintenir le cap du rétablissement de la stabilité des prix, même au risque d’en faire trop. Le FMI appelle également les gouvernements à conduire des politiques budgétaires qui ne contrecarrent pas les efforts des autorités monétaires pour calmer l’inflation. Cette recommandation vise notamment le Royaume-Uni, où la première ministre Liz Truss a dû se résigner à rétropédaler sur son projet de baisses d’impôts, lequel avait déclenché un plongeon de la livre sterling et une envolée historique des rendements des Gilts. La Banque d’Angleterre, qui était intervenue d’urgence pour calmer les marchés, vient de confirmer la fin de son programme d’achats et s’apprête à reprendre les ventes d’obligations d’entreprises détenues au bilan.

Si le marché britannique semble avoir retrouvé une certaine stabilité, la nervosité reste de mise outre-Manche. Elle se reflète également de part et d’autre de l’Atlantique par une volatilité très élevée des actifs financiers. A titre d’illustration, les Bons du Trésor US à 10 ans d’échéance se sont traités jeudi dernier à des rendements compris entre 3,85% et 4,05%, tandis que l’indice S&P 500 dévissait de plus de 2% à l’ouverture avant de rebondir et de finir sa session avec un gain de 2,6%. Au vu de l’incertitude quant à l’évolution de l’inflation et des politiques monétaires, la volatilité des marchés ne devrait pas refluer de sitôt.

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